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Chronique // « Birdman » d’Alejandro González Iñárritu. Birdman d’Alejandro González Iñárritu Full view

Chronique // « Birdman » d’Alejandro González Iñárritu.

Cette semaine, pour ma première sur Groovy Brain, c’est une chronique très subjective et pas forcément utile que je vais vous présenter, car le film que je suis allé voir m’a laissé perplexe et il m’a fallu quelques heures pour pouvoir extraire ces quelques lignes de mon cerveau.

Et c’est donc par un mercredi matin, ma foi assez pluvieux mais plutôt jovial que je prend la direction de cette grande machine à rêve qu’on appelle cinéma afin de retrouver un ami pour visionner un film maintes fois récompensé aux derniers Oscars, Birdman. Et malgré le lapin posé par mon ami Nathan, ma volonté de voir le film d’Alejandro Gonzalez Inarritu ne faiblit pas.

Michael Keaton

Alejandro González Iñárritu donc, réalisateur mexicain assez reconnu qui a réalisé 21 grammes, Babel, Biutiful entre autres et qui sont pour la plupart des films choraux. Mais qu’est-ce qu’un film choral ? Je vous vois venir, non ça n’est pas Sister Act avec Whoopie Goldberg, ça ne parle pas d’un groupe de personnes de différentes ethnies qui chantent de la soul dans une église afin de régler les problèmes sociaux grâce au pouvoir de la musique. Non. Désolé.

C’est plutôt un genre qui traitent de plusieurs personnages dans des situations différentes qui finissent par se croiser et qui évoquent donc différents points de vue mais avec une morale commune. Sauf qu’ici avec Birdman, Inarritu fait quasiment l’opposé. Je m’explique via un petit synopsis maison :

Le film traite de Righan Thomson, interprété par Michael Keaton, un acteur d’une cinquantaine d’années qui a connu de gros succès durant les années 90 avec une série de films de super héros inspirés par les comics « Birdman ». Le parallèle est évidemment facile à tracer avec son interprète Michael Keaton qui s’est glissé par deux fois dans la combinaison du justicier Batman pour Tim Burton à la fin des années 80. Le film traite donc de Righan qui est désormais un has been et qui a du mal à se détacher de son image de Birdman, super héros oisillon.

Sauf que là où ça devient intéressant c’est que le bonhomme est un peu marteau, schizo le gars ! Et que le Birdman en question continue de le hanter, littéralement, et ne cesse de lui rappeler qu’il prend les mauvaises décisions et que c’est en fait un gros loser comme on n’en fait plus (à mon avis il doit pas connaître les mecs de Sexion d’Assault). Mais bref, avec ce qu’il lui reste d’argent, Righan va monter une pièce de théâtre à Broadway afin de redorer son blason et tenter d’acquérir une légitimité dans le milieu car tout le monde, y compris sa fille, considère plus ou moins ouvertement qu’il est un mauvais acteur. Le film suit donc les 2 jours précédents la première de la pièce et bla et bla et bla, bref le personnage de Keaton est un mec hyper volatile et pas sûr de lui pour un sous alors que tout un tas d’emmerdes ne cesse de lui tomber dessus comme du caca de pigeon un bel après midi de juillet (on reste dans le thème).

En fait au final l’histoire est assez simple, le film nous plonge dans l’univers théâtral de Broadway, avec ses longs couloirs, ses escaliers, ses loges de comédiens. Et d’ailleurs on peut dire que c’est un film sur les comédiens, pour les comédiens ? Et ce point est directement lié à la technique, car ce qui est intéressant c’est que le film dans son intégralité est composé uniquement de longs plans séquences ce qui va permettre aux acteurs une grande liberté de jeu et qui va vraiment épurer la forme d’un point de vue cinématographique. Ce qui est, je le reconnais, vraiment légitime pour un film qui parle de théâtre.

Mais je me dis que le procédé n’a pas que du bon car j’ai l’impression que le fait de ne pas utiliser les outils cinématographiques nous renforce dans notre position de spectateur dans un siège face à un écran. Alors oui, je comprends les enjeux de chaque personnage, comme je comprends la schizophrénie de Keaton dans le film mais j’ai l’impression de le vivre de l’extérieur. Et au lieu de comprendre ce qu’il se passe, je préférerai le ressentir.

Car, n’est-ce pas le rôle du cinéma que de vouloir nous transmettre des émotions via des artifices narratifs et visuels ? Je me pose la question de savoir si Inarritù ne nous mets pas de côté en choisissant cette façon de faire, certes justifiée mais peut être frustrante pour le spectateur que je suis.

Michael Keaton et Edward Norton

Alors oui il y’a une satire intéressante du milieu théatral, des acteurs, producteurs et même des critiques mais là où enfin, j’ai commencé à en avoir quelque chose à faire, c’est par rapport à la remise en question du personnage qui veut prouver sa légitimité en écrivant, en mettant en scène et en se donnant lui même le rôle principal dans une pièce à Broadway, et qui s’avoue, via Birdman, que tout ça n’est que de la bullshit philosophico-intellectuelle pour qu’on le prenne au sérieux malgré son passé de super héros en collants, alors qu’en réalité ce qui lui plait ce sont ces blockbusters qui font rêver les gens.

Righan n’est pas lui même à Broadway, il est lui-même en tant que Birdman, en tant que star hollywoodienne. Il n’est pas New York, il est Los angeles. Et c’est là que le personnage retombe sur ses cuisses, au moment où il ose regarder en face ce Birdman qui est, au final, sa conscience.

Bref, j’ai un avis assez mitigé sur le film, il fait partie des films que j’aurais aimé adorer mais au final il m’a laissé assez froid, ou au mieux tiède. C’est vrai qu’en voyant la bande annonce, ça promettait un voyage introspectif assez passionnant avec un casting haut de gamme mais en définitive, et parce que j’aime les jeux de mot faciles, je terminerai en disant que ce Birdman effectue un vol assez stationnaire là où j’aurai préféré qu’il me fasse m’envoler vers des contrées plus riches en émotion.

Written by Sélim