• Home  /
  • Lifestyle   /
  • Ciné// Comment c’est loin, de Orelsan.
Ciné// Comment c’est loin, de Orelsan. ob_d39e5f_comment-c-est-loin-affiche Full view

Ciné// Comment c’est loin, de Orelsan.

Il est certain que l’on pouvait appréhender et s’interroger sur l’utilité de ce long métrage après un album à forte inspiration « buddy-movies » (Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters) sorti en 2013 et une série télé toute fraîche, Bloqués, en mode décor unique; deux concepts dans lesquels Orelsan et Gringe abordent déjà les thèmes de l’errance et de la quête d’inspiration. Mais quel intérêt d’explorer plusieurs médias pour aborder sensiblement les mêmes thématiques ? Restait t’il encore des zones d’ombres au sein de ce que l’on peut désormais légitimement appeler, leur œuvre ?

Bloques_c_est_parti
Bloqués. 2015

 

Pourtant COMMENT C’EST LOIN est un projet finalement pas si prévisible que ça. Orelsan, qui écrit et réalise, a largement eu le temps de digérer son histoire, à travers ses deux albums solos puis via Les Casseurs Flowters; il donne ainsi au film une profondeur aussi certaine qu’inattendue, particulièrement pour un premier long- métrage.

Pour pouvoir saisir le concept de globalité qui émane de leur carrière, il est important de revenir rapidement sur le parcours de ces deux faux glandeurs magnifiques qui ont dévoilé leur premier son à l’aube de l’année 2001, et qui résultera enfin sur un premier album sorti courant… 2013. Ce disque, tout d’abord, c’était un peu leur zone de confort, une manière douce de rentrer dans le sujet. La musique étant le milieu dans lequel ils évoluent depuis toujours, c’est aussi le langage qu’ils maitrisent avec le plus de subtilité, d’aisance et de virtuosité. Une galette parfois drôle, parfois mélancolique avec des thèmes récurrents qu’on retrouvera bien sûr dans le film. En ressortait alors déjà une faim de narration, de créer une histoire globale et continue, un film sans image en somme. C’est donc finalement plutôt cohérent de les voir ensuite apparaître sur Canal +, avec la série encapsulée, « Bloqués » : Cette fois, ils mettent en avant le coté déconneur et potache d’Orel et Gringe, condensé dans des capsules de 2 minutes durant lesquels ils arrivent parfois à glisser sous le tapis, d’intéressantes réflexions à base de redoutables punchlines.

Fais les backs. 2013
Fais les backs. 2013

 

Il devient dès lors assez évident que ces projets sont en réalité autant de versions déclinables de leur odyssée, autant de manières d’aborder leur histoire, d’affronter leurs démons, et qui leur a permis au fur et à mesure des années de réussir à mieux appréhender leur propre univers, débouchant aujourd’hui sur ce produit cinématographique aux douces notes musicales dans lequel on retrouve la sensibilité des textes de leur album, sur le rythme comique de leurs capsules télé, le tout sous un voile de mélancolie réelle. Face à l’écran, 24 fois par secondes, on finit par se rendre compte que l’on assiste à l’aboutissement de cette réflexion sur l’errance et le blocage résultant de la peur de créer, de la peur de devenir médiocre, et en fait, de la peur de faire des choix.

Outre la richesse du propos, le film offre aussi parfois de grands moments de rigolade. Le réalisateur rappeur arrive à capter les petits moments de vie tels que les gênances, les blancs de conversation, les petits gestes maladroits, pour les retranscrire parfaitement à l’écran, grâce à un rythme fidèle à celui des deux protagonistes, c’est à dire complétement à contre temps. Ces derniers ont constamment « la tête dans le cul » et sont à coté de la plaque en toutes circonstances, renforçant cette sensation d’isolement, qui avec de la distance donne des scènes assez croustillantes. (On pense notamment au repas avec les beaux-parents.) Dans chaque dialogue se distille le génie qu’Orelsan déployait déjà à travers sa facette musicale, à coups de punchlines sur fond de vérités.

Lui, qui est un des rappeurs les plus populaires et reconnu de l’hexagone, nous offre ici un film modeste et n’ayons pas peur du terme, générationnel, qui aborde, cette période qui semble si pauvre en activité mais pourtant, si riche en créativité.
Il pose des questions importantes à notre génération. Comment aller de l’avant au milieu d’une vie suffisamment confortable qui, quelque part, nous empêche d’avancer par conviction ? Ce n’est que face au danger du rien et à l’abandon que l’on s’accomplit et que l’on peut gagner chaque nouvelle bataille lors du combat intérieur mené tous les jours contre la flemme et la procrastination. Aurélien, plus qu’Orelsan, s’adresse alors entre autres à tous les faux glandeurs idéalistes et remplis d’ambitions.

Comment c'est loin. 2015
Comment c’est loin. 2015

 

Bien sûr, il y’a des choses à reprocher, notamment le fait que le film ne contient pas réellement de réflexion sur sa forme cinématographique, ce qui découle sur une mise en scène très basique, sans fioriture, dont on regrettera le manque d’audace et de créativité. Ce problème est finalement bien vite balayé par la quantité bouillonnante de sincérité qui se dégage tout au long du métrage et qui fait de cette pièce une œuvre à part dans le paysage cinématographique actuel.

Comment c'est loin. 2015
Comment c’est loin. 2015

 

Quelle suite pour les Casseurs Flowters, pour Orelsan et pour Gringe ? Peuvent ils exister en dehors des thèmes déjà abordés ? Car il est désormais clair que ceux qui se faisait appeler encore il y’a trois ans « le groupe de rap le moins productif », vont maintenant devoir évoluer sur d’autres tableaux, d’autres sujets, aborder d’autres thématiques. Mais arriveront ils à se renouveler alors que la boucle semble aujourd’hui bouclée ?

Après ce premier essai réussi et rafraichissant, restons optimistes et espérons le, car il serait dommage de devoir se passer de la fraicheur et du talent qu’ils insufflent au paysage culturel français.

Sortie France: 9/12/2015

Sortie Belgique: 23/12/2015

 

Written by Sélim