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Interview exclusive : Sked Skwad, le groupe qui décoiffe ton hip-hop (1/2) Sked Skwad Live – photo Leila Albert Full view

Interview exclusive : Sked Skwad, le groupe qui décoiffe ton hip-hop (1/2)

J’ai découvert le Sked Skwad avec le clip de Négosyé, un single énergique et pêchu, plus frais que tout ce que j’avais entendu depuis des lustres dans le genre. De bonnes vibes, un instrumental riche, des MC qui prennent plaisir à kicker comme au bon vieux temps, et tout ça en créole ! Je me devais de mener l’enquête ! Le duo a accepté de répondre à mes questions pour une Groovy Interview exclusive où ça cause de créolité, de swag, de Rick Ross et de sincérité… Je vous laisse découvrir le clip et on se retrouve dans la suite.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est Sked Skwad ? Parlez-nous de la genèse du groupe.

Eds. : Sked Skwad est un groupe de hip-hop créole, martiniquais, caribéen… composé de moi-même, Eds. et de Tidam’. Notre premier album Chimen Chien est arrivé en 2009 avec des titres comme M’appelle pas Black ou Rue Zizine et Desétages.

On a commencé en Martinique il y a 13 ans, avec plusieurs mixtapes et des scènes, principalement sur Paris, mais aussi à Bordeaux, Nîmes, en Martinique… Il y a autour de nous une grande famille d’artistes, DJ et musiciens qui nous accompagnent et font partie intégrante de notre univers. Cette année nous sortons notre nouveau projet, Laché Chivé Kréasyon.

Vous vous revendiquez hip-hop kreyol. Tout de suite, l’inculte guadeloupéen que je suis pense à des gens comme Fuckly ou Riddla. Mais à écouter votre message et votre flow, ce sont plus des groupes comme Negkipakafèlafèt ou Red Zone qui me viennent à l’esprit. Quels artistes antillais vous ont inspiré ?

Eds. : Oui, Negkipakafèlafèt, RedZone avec Trafyk et Crizantem, on a commencé vraiment à cette période. Mais Fuckly aussi, et j’ai toujours le 1er album du N’O Clan! Rajoute le Karukéra Crew, que j’ai découvert en collaborant avec DJ Phonie à mon arrivée sur Paris… Je raisonne beaucoup par albums fondateurs, mais il y a encore plein d’artistes sans « album officiel » qui sont des références, comme Lesly ou Ti-Flash par exemple.

Tidam’ : Au-delà du Hiphop kréyòl, des artistes comme Dédé St Prix, Eugène Mona, ou dans le dancehall, Straïka D, m’ont aussi inspiré. En fait, c’est tout le contexte musical dans lequel on a grandi (entre la fin des années 80 et les années 90) qui nous a inspiré.

Quels sont ceux qui vous inspirent aujourd’hui : qu’est-ce que vous écoutez en ce moment ?

Eds. : Souvent les mêmes en fait, même sous d’autres formes, en solo pour les Negkipakafèlafèt, le Karukéra Crew, et d’autres. Pour moi ils resteront avant-gardistes car ils proposent un son et un discours véritablement originaux, « bò kay-nou », pas tributaires de la tendance du moment. Des anciens qui vont sortir leur premier vrai album, des nouveaux dans d’autres voies, difficile de citer tout ce qui se fait…

Aujourd’hui ce que j’écoute le plus : au moment où je te parle Âme Nouvelle Remeex de Kakophonie & Meemee Nelzy, les derniers albums de Blu & Exile, de Kendrick Lamar… l’album de M.I.A Kala découvert sur le tard.

Tidam’ : Pour moi, ce sont les deux derniers albums d’Oxmo Puccino, Revolution Per Minute de Reflection Eternal, Face B d’Admiral T… Après comme Eds., les acteurs fondateurs du mouvement sont toujours d’actualité, comme Neg lyrical, Ti Flash, Boogie Flaha, Washi Sta, etc.

Votre dernier album, Laché Chivé, déborde d’une énergie et d’une sincérité qu’on n’avait pas vue depuis longtemps dans le hip-hop. Quel est votre secret ? Pouvez-vous nous parler de ce projet ?

Tidam’ : Déjà merci, ça nous fait plaisir que tu notes l’énergie et la sincérité, car c’est vraiment ce qui nous a guidé : Eds. nous faisait écouter les beats, et la mission était de faire ce qu’on voulait, et de prendre notre pied ! Le premier qui avait l’idée guidait les autres, qui s’embarquaient avec lui…

Laché Chivé comme on le définit est avant tout un atelier : l’endroit où on teste, on joue des disques, on mélange, on vit notre musique. La base du projet ce sont les beats réalisés par Eds., à base de samples caribéens, latino-américains. Tout le reste a été fait de façon spontanée en réunissant la famille d’artistes dont je parlais tout à l’heure.

Chacun posait ou pas sur un beat selon l’envie, lançait une idée voire co-produisait le son, ensuite un musicien pouvait ajouter une guitare, un tambour, un violon, mais en conservant ce côté un peu brut, artisanal. Bref des beats créoles, des scratches, le plaisir de partager le micro, et ça donne des titres particuliers comme « Maré Patjé-w » ou « Négosyé » qui sont vraiment nés de cette effervescence, presque par hasard. Dans le collectif on retrouve en plus de nous : Alphaaz, Epilepse, Sista Jahan, Alik et DJ Tony Blanck.

D’ailleurs les influences musicales des compositions de l’album sont plutôt éclectiques : Si je ne dis pas de conneries, le jazz  y côtoie la Bossa nova, la Samba, le zouk ou les tambours Bêlé… C’est important pour vous le mélange des genres, la mixité, la diversité, même au niveau musical ?

Eds. : J’ai découvert la composition rap à travers le sample, l’échantillonnage d’autres albums, et tout simplement le goût d’en écouter. J’aime entendre dans un son la chaleur d’un disque plus ancien, détourner une sonorité, pour proposer du neuf. Et puis pour tout dire c’est tout ce que je sais faire dans ce domaine ! Donc la matière première reste les disques de notre région, les rythmes que j’entends à la maison depuis petit…

Mais le but reste d’apporter quelque chose, une autre lecture, plutôt qu’une compilation des genres musicaux des Antilles. Pour moi la créolité a ceci de commun avec le hiphop : ce n’est pas juste un mélange, c’est la culture presque nouvelle qui naît de ce mélange.

Tidam’ : C’est ce qu’on te disait tout à l’heure. Les styles musicaux dont tu parles, on a grandi avec, notamment par l’intermédiaire de nos parents. Et pour nous le Hip Hop Kréyòl c’est ça ! Sampler et s’inspirer, de toute cette richesse rythmique qui nous entoure.

Rendez-vous la semaine prochaine, même heure, même endroit pour la suite de l’interview ! En attendant la deuxième partie de notre entretien exclusif, vous pouvez déjà vous procurer l’album Laché Chivé sur iTunes ou l’écouter sur Spotify !

Written by Sam

Journaliste à www.softonic.fr basé à Barcelone. Dingue de nouvelles technologies, culture geek, tendances urbaines et métissage